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Noces d’or de Philippe Barbier CPCR

Dernière mise à jour : 4 avr.



2024, avril/

A la maison Nazareth, samedi 13 avril 2024, Philippe Barbier CPCR, fête 50 ans de ministère presbytéral, 60 ans de profession religieuse et 80 ans d’âge : l’occasion d’une petite interview pour notre lettre de nouvelles.


Père, pour commencer, nous aimerions savoir où et comment ces cinquante années se

sont-elles déroulées ?

Ces années ont passé très vite. Sans doute à cause de la grande variété de missions qui m’ont été confiées dans des lieux fort différents. Je n’ai guère eu la possibilité de tomber dans la routine ou dans l’ennui. Ainsi, j’ai commencé par deux années de stages pastoraux dans nos communautés d’Europe, en paroisse et dans un Centre de prière. Puis, ce furent les différentes affectations assignées par mes Supérieurs : Suisse, Rome, Espagne, France, Espagne à nouveau et France. Mes missions : ministères spirituels propres à notre institut auprès des laïcs (Exercices spirituels, enseignements, récollections, accompagnement des personnes, etc.), animateur dans l’intimité des communautés CPCR de Chabeuil, de sessions internes de formation, supérieur de notre maison de formation à Rome, supérieur-bâtisseur à Madrid et à Chabeuil, supérieur général de notre Congrégation pendant douze ans et demi avec de nombreux voyages en Amérique du sud et en République Démocratique du Congo, etc...


Que vous montre, à présent, un regard rétrospectif sur le temps écoulé ? Que signifient

pour vous toutes ces années passées ?

D’abord, il me semble que j’ai été porté par plus grand que moi. Porté pour servir mes frères les hommes, en Église. Pour prendre une image, je dirais que j’ai vécu cinquante ans de rebondissements continuels... ou encore, que je n’ai rien fait d’extraordinaire, que j’ai simplement tenté d’être le «serviteur quelconque» que Jésus nous demande d’être (cf. Luc 17,10).

La rencontre de l’humain et du divin produit toujours des effets surprenants. Dans mon cheminement, ma réponse de chaque jour pendant cinquante ans (en réalité, 62 ans depuis mon entrée au noviciat), je distingue trois éléments.

En premier lieu, ce qui est de l’ordre de la nature, à savoir, mon tempérament, l’hérédité. Puis, deuxièmement, ce que j’ose considérer de l’ordre de la vertu. C’est-à-dire ces efforts quotidiens bien nécessaires chez le «vieil homme» et qui nous sont rappelés sans cesse par le clignotant de nos défauts. Enfin, troisièmement, ce qui doit être vraiment attribué à la grâce de Dieu... et qui est énorme ! Ces trois éléments s’entrelacent et accompagnent la vie de l’homme croyant auquel il a été demandé d’accueillir le don du sacerdoce et d’avancer avec lui pour le service des hommes.

Mais, je dois ajouter un quatrième élément : à savoir le fait d’avoir vécu le don du sacerdoce et les missions sacerdotales dans un cadre de vie religieuse (chasteté, pauvreté, obéissance et vie fraternelle en communauté). Je crois pouvoir dire que, en moi, ces deux vocations - la sacerdotale et la religieuse - ont été vécues comme une seule, chacune épaulant l’autre, l’enrichissant, la dynamisant.


Cette longue expérience, l’avez vous vécue plus comme un religieux ou plus comme un

prêtre ?

Comme je viens de le dire, il y a eu, me semble-t-il, osmose entre ces deux cadeaux du Seigneur. Et c’est bien normal. Car, quand Dieu appelle, il donne toujours de quoi répondre.

Avec Lui, on ne s’embarque jamais sans biscuit. Chez moi, le déclic vocationnel primitif s’est fait autour de l’image du prêtre. Ensuite – 3 mois et demi après -, au moment de la lumière, ici à la maison à Nazareth, ce qui m’apportait une force d’authenticité et de plénitude jamais démentie, c’était d’appartenir totalement à Dieu. Et c’était ce que la vie religieuse allait me donner. Mais, une vie religieuse qui, pendant les presque 12 ans des années de formation, me conduisait paisiblement vers le sacerdoce. Alors, une fois ordonné prêtre, cela s’est poursuivi... en osmose, comme je viens de le dire. Je crois que je n’ai pas cherché à faire la distinction...


Père, qu’est-ce qui vous a marqué le plus dans votre préparation au sacerdoce ? Vos stages, des rencontres, les cours de vos professeurs ?

Au risque de vous surprendre, je vous avouerai que ce n’est ni à mes formateurs, ni à mes excellents professeurs que je pense. Certes, ils ont très certainement eu une réelle, discrète, profonde et féconde influence sur le jeune religieux que j’étais alors. Je n’en doute pas. Mais, ce qui m’a sans doute marqué le plus fortement, spirituellement, au niveau de la foi, ce sont trois expériences de la vie ordinaire.

La première est toute simple à décrire. Ce devait être en 1970. Assis face à une récente connaissance, un vieux laïc, à Rome, pour me faire corriger un texte dans lequel je faisais allusion au sacerdoce des baptisés, voici que soudain il me dit avec une véhémence à laquelle je ne m’attendais aucunement : « Moi aussi je suis prêtre. Tu m’entends, je suis prêtre. Je le suis, comme tu le seras dans quelques années ! » Ce jour-là, sans besoin de leçon de théologie, je compris intérieurement ce que l’on appelle le «caractère» sacerdotal. Prêtre pour l’éternité me donna alors sa version de sa « réduction à l’état laïc », comme on disait à l’époque. Mon amitié pour lui en fut évidemment accrue.

La seconde, en Hongrie à l’époque du rideau de fer. Avec un confrère séminariste comme moi, nous étions allés y passer 4 jours. Dès l’arrivée, les jeunes prêtres qui nous accueillaient nous conduisirent dans un presbytère de la banlieue de Budapest. Là, le récit du ministère quotidien du curé et de son vicaire m’impacta profondément : en comparant les conditions de leur ministère - qui ne pouvait se dérouler que dans l’église et dans la cure - avec celles des prêtres d’Occident jouissant d’une liberté totale de mouvements, je compris que le prêtre ne s’appartenait pas, qu’il était un serviteur de la grâce de Dieu et de ses frères, qu’il était appelé à s’oublier pour le Royaume et pour les autres. Cela m’a aidé, une fois prêtre, à ne pas rechercher de compensations égoïstes.

La troisième expérience qui m’a beaucoup marqué eut lieu devant le Saint-Sacrement exposé dans une chapelle du centre de Rome. J’étais entré pour prier, d’autant plus que, diacre,

j’attendais la réponse de mes supérieurs à ma demande d’admission au sacerdoce. À un moment, j’ouvre les yeux et je vois devant moi une enveloppe à mon nom. La réponse. Un confrère qui passait par là venait de la déposer. J’ouvre. Réponse négative due surtout au moment incertain que vivait notre Congrégation dans ces années difficiles du post-concile. Sur le moment, ce fut douloureux, mais je compris que le sacerdoce ne m’appartenait pas. Non, je n’y avais aucun droit sous prétexte d’être à la fin de mes études. Je saisissais dans cette chapelle que le sacerdoce était d’abord un don de Dieu, un don de Dieu à travers la médiation de son Église. Cela a beaucoup contribué par la suite à ne pas me considérer propriétaire...


Entouré de beaucoup d’informations négatives relayées, voire déformées, par les médias et les réseaux sociaux, quelles propositions positives proposeriez-vous pour tout un chacun ?

Il faudrait être un maître de sagesse pour répondre à votre question ! Je dirai simplement :

cherchez toujours la vérité du réel ; dans une atmosphère de relativisme, soyez assoiffé de vérité ; laissez-vous transformer par la Parole de Dieu étudiée, lue et méditée ; allez à ces sources de la grâce que sont les sacrements, surtout l’Eucharistie ; ne restez pas seul, cheminez avec d’autres chrétiens ; ne mettez pas votre foi sous le boisseau, mais vivez-la et annoncez-la joyeusement. Ils n’étaient que 12 les apôtres du Christ, mais quel ferment pour la pâte humaine ! Avec la grâce de Dieu, vous le pouvez, vous aussi.

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